George Félicien NSAKANG ASSOUA: « Dorénavant il n’y a plus de séquences pédagogiques, maintenant on parle de séquences didactiques. »

  • Ajouter le 07/10/19
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  • Rédigé Par MenouActu    


La lecture illustrée d’un homme de terrain dont il faut retenir que les nouvelles orientations qui encadrent l’année scolaire 2019-2020, réhaussent la notion de compétence par la consécration des séquences didactiques.


Pouvez-vous nous brosser en quelques lignes les modifications auxquelles la communauté éducative (parents, enseignants, élèves) doit désormais s’arrimer ?

Je dois dire que l’arrêté N° 8111/B1/1464/MINEDUB/MINESEC du 16 Juillet 2019, fixant le calendrier de l’année scolaire 2019-2020 en République du Cameroun ; conjointement signée par le ministre de l’enseignement secondaire et ministre de l’éducation de base ; apporte beaucoup d’innovations chez les parents, enseignants et élèves. Désormais, on doit savoir intégrer un certain nombre de choses par rapport à cet arrêté. En effet, après exploitation de ce calendrier ; il en ressort que dorénavant, le nouveau découpage de l’année scolaire nous ramène à l’école ordinaire ; c’est-à-dire qu’il y a la disparition des séquences pédagogiques ; mais le maintien des séquences administratives. En effet, on ne parle plus de 1ère, 2ème, 3ème séquence; mais on parle plutôt de séquences didactiques. Et ces séquences didactiques sont organisées autour d’une compétence réelle relevant du programme d’enseignement. Donc les enfants sont évalués au tour d’une compétence par rapport à une séquence didactique.

Et une innovation à laquelle les parents devront s’adapter c’est que, dorénavant lorsque les enfants passent une évaluation à l’établissement, les feuilles de compositions, ou alors les feuilles de devoirs que les enfants auront produit pour leur évaluation ; ces feuillent-là seront estampillées par les administrateurs de l’établissement à savoir le proviseur, le surveillant général, le censeur. Ces copies, corrigées estampillées doivent rentrer chez l’élève. L’élève doit présenter aux parents, qui peut être le père la mère ou le tuteur. Le parent doit à son tour viser ; donc VU, pour dire qu’il a pris connaissance de la note qui est marquée sur la copie de son enfant. Après cela l’enfant remmène cette copie à l’école (la copie qui contient le seau de l’établissement et dûment signée par le parent). Et c’est à ce moment que la note peut être introduite dans le bulletin. Pour un élève dont la copie n’a pas été estampillée par le parent ; alors l’élève sera considéré comme n’ayant pas pris part aux évaluations. 

Je voudrais qu’on étaye davantage cet aspect qui me semble très important pour la bonne gouverne de tous. Qu’est-ce que l’enseignant recherchait par rapport à ce nouveau système de séquences didactiques. Aussi, pensez-vous qu’au moment où nous sommes en train de décrier la baisse du niveau des enfants ; cette nouvelle donne les aidera d'avantage à rester assidu ; parce qu’on sait que le système de séquences avait quand même l’avantage de tenir l’enfant tout le temps dans le cahier du fait de l’enchainement des séquences l’une immédiatement après l’autre jusqu’à ce qu’arrive la fin d’année ? Bref, est-ce que vous pensez que cette mesure aidera véritablement le système éducatif à regagner en valeur ?

Je vais commencer à répondre par-là où vous avez chuté. Je dois dire qu’en fait, quand on parle de compétences didactiques, ou alors de séquences didactiques, il s’agit des thèmes qui sont au niveau d’une progression ou programme que les enfants doivent assimiler. Donc, quant à ce que les enfants peuvent se perdre parce que les évaluations ne vont pas se faire de façon séquentielle comme ça se faisait avant : je dis non ! On est pratiquement à la même méthodologie sauf que c’est le contenu qui change ; parce qu’au cours d’un trimestre, l’enfant doit passer 2 évaluations. Or, au cours des trimestres séquencés, au bout de 6 semaines, L’Enfant passait 1 évaluation qui était la fin d’une séquence. Mais aujourd’hui lorsque nous parlons de passer aux séquences didactiques ; ça veut dire que l’enseignant peut évaluer l’enfant plus d’une fois sur une compétence et pourquoi pas plus de 3 fois au cours d’une semaine. Ça dépend. Par exemple pour le cas des évaluations en SVT, il y a ce qu’on appelle la restitution organisée des connaissances, c’est une compétence. Il y a ce qu’on appelle exploitation des documents, c’est une compétence. Il y a ce qu’on appelle le fonctionnement et dysfonctionnement des organismes, c’est une compétence. Donc, au terme d’une séquence didactique, l’enseignant peut décider qu’il évalue l’enfant seulement sur la restitution organisée des connaissances. Alors après avoir fait une leçon, il peut dire que j’évalue uniquement sur la restitution organisée des connaissances. Et après une autre leçon il évalue sur l’exploitation des documents. Cela ne voudrait pas dire que les enfants seront abonnés à eux-mêmes. Ils vont passer simplement 2 évaluations au cours d’un trimestre. L’enseignant devra évaluer en fonction de sa période et du temps qu’il trouve nécessaire pour pouvoir évaluer sur les compétences. Et maintenant, pour avoir 2 notes dans les bulletins au cours d’un trimestre, il peut faire la sommation de ces notes. Donc, c’est ça qu’on appelle séquences didactiques. Et quand je parlais de la docimologie ; il faut relever qu’on appliquait déjà ça aux examens ; c’est-à-dire lors que vous faites une évaluation, si l’évaluation comporte 4 parties ; la note de correction de chaque partie doit ressortir sur la copie de l’enfant. Dans le cadre d’un devoir par exemple de dissertation : l’introduction est notée sur 5 ; le corps du devoir est noté sur 10 ; et la conclusion est notée sur 5. Il faut qu’on ressorte au niveau de la marge de la copie de l’enfant qu’en introduction il a eu 0.5/5 ; corps du sujet, il a eu 0.5/10 ; et en conclusion il a eu 3/5. C’est ça donc qu’on appelle évaluation des compétences. Il faut que l’enfant sache quelle est la compétence qu’il a mieux cernée ; et la compétence qu’il n’a pas mieux cernée. Puisqu’au par-avant au cours d’un devoir de mathématiques, l’enseignant comptabilisait les points glanés par l’élève et plaquait la note finale. Maintenant, l’enseignant doit noter l’arithmétique, par exemple sur 5. La géométrie sur 4 ; et le problème sur 11. Dorénavant, on doit voir la note que l’enfant a obtenue en Arithmétique, Géométrique et Problème. Donc voilà les nouvelles appréciations qui entrent dans la docimologie des feuilles d’évaluations des enfants au cours des séquences didactiques. 

Qu’est ce qui, selon vous, aura motivé une telle décision monsieur le proviseur ?

Permettez-moi de percer l’abcès : vous savez qu’il y a des enseignants qui ne corrigeaient pas les copies des élèves. ET lorsque l’administration leur demandait les notes séquentielles alors, Ils se mettaient à remplir les bulletins séquentiels sans avoir corrigé un devoir. Donc, maintenant il n’est plus question de porter les notes sans avoir fait un devoir. Maintenant, lorsqu’on dit que les copies doivent porter le sceau de l’établissement, c’est pour qu’on se rassure que l’enseignant a effectivement corrigé la feuille de l’élève.

M. le proviseur, on pourra dire « au-revoir aux notes de cahiers par exemple » ?

Bien sûr. En principe les notes de cahiers ne pourront pas servir. Puisqu’il n’y a pas une sorte de docimologie qui va permettre à l’enseignant de corriger le cahier en fonction des items sur lesquels il va apprécier le cahier de l’enfant. Donc il sera difficile à l’enseignant de corriger les cahiers. Les courts chemins que les enseignants empruntaient sont finis.

Comment est-ce qu’une décision comme celle-là va être appliquée dans le cadre du travail manuel par exemple ?

Vous posez là une question très pertinente. Vous allez vous rendre compte que ce n’est pas seulement parce qu’on dit travail manuel. Mais le travail Manuel également a des cours théoriques et on doit également évaluer sur la copie. Lorsque vous demandez à l’enfant de faire une tâche ; je prends par exemple comment est-ce qu’on peut construire une chaise en bambou ? Il y a des étapes que vous devez noter: l’assemblage, le découpage des bambous etc. Vous pouvez donc reporter ça sur une feuille au niveau de l’idée principale vous dites la manière qu’il a découpé les bambous, la manière qu’il a percer les trous sur le bambou pour faire passer les jointures, etc. Vous notez étape par étape; là c’est une docimologie qui est respectée en terme de séquences didactiques. Donc vous évaluez l’enfant en termes des activités qu’il mène pour obtenir un objet fini. Donc ce n’est pas forcement l’évaluation sur la feuille ; mais pendant qu’il travaille sur le terrain, vous avez une copie qui porte son nom et sa classe ; et vous pouvez toujours dire que vous notez les étapes que l’enfant doit suivre pour produire l’objet demandé, le produit agricole ou l’objet d’art que l’enfant est appelé à produire dans le cadre du travail manuel. Donc n’est pas dit que le devoir en travail manuel doit se faire dans une salle de classe où l’enfant doit avoir devant lui des questions à répondre. Il peut avoir une copie et puis on lui dit : « comment fabrique-t-on telle chose ? » Alors il commence donc par étape; et l’enseignant de TM note donc par projet ce que l’enfant est entrain de réaliser.

Quel lien peut-on faire de l’APC qui est de plus en plus émergente par rapport à ces nouvelles mesures afin de nous éviter de penser à un copiage ? Et de votre avis, parents et élèves des zones rurales en seront-ils à la hauteur ?

C’est même pour cela que nous sommes passés de la NAP à l’APC. La NAP était la Nouvelle Approche Pédagogique et l’APC est l’Approche Par les Compétences. Dans cette approche, c’est l’enfant qui est au centre de l’apprentissage. L’enseignant que nous sommes, nous guidons seulement l’enfant. C’est lui-même qui découvre l’apprentissage. Alors que dans l’ancienne méthode qui était la NAP, l’enseignant donnait à l’enfant ce qu’il devait assimiler. Or au jour d’aujourd’hui, l’enseignant aide l’enfant à assimiler les connaissances. Donc l’enseignant est ici un facilitateur et non quelqu’un qui est là pour donner la ligne de conduite aux enfants. Cela fait que comme vous le dite par rapport à la zone rurale, les enfants de ces zones-là n’auront pas de problème parce que l’APC étant utilisé dans le système secondaire depuis 2012 ; eux, ils sont les apprenants mis au centre ; l’enseignant les aidant à apprendre. On évolue de telle manière qu’on emmène l’enfant à découvrir lui-même la réponse de ce qu’on est en train d’enseigner. C’est pour cela que même si les parents sont analphabètes cela ne cause aucun problème. Avec l’APC nous sommes sûrs que les enfants sont très bien formés. Et il n’y a pas de copiage. Ne perdons pas de vue que l’éducation et la formation sont essentiellement dynamiques. Alors, lorsqu’on va vers la professionnalisation des enseignements ; on emmène l’enfant à devenir professionnel de ce qu’il veut être. Je vais prendre l’exemple de l’SVT que je maitrise un peu : sur un sujet de la classe de 3ème on demande à un enfant de faire le slogan sur la lutte contre le paludisme. On emmène ainsi l’enfant à comprendre que le paludisme est une maladie qu’il faut prendre aux sérieux. Alors que par le passé l’enseignant était là pour dire à l’enfant que voici ce qu’il faut pour lutter contre le paludisme. Et puis les enfants étaient là pour répéter ça et après c’était peine perdue. Mais aujourd’hui, lorsque l’enfant fait un slogan, il connait de quoi il parle, il sait les intrants, il sait les extrants et il a quand même une base de données par rapport à une maladie telle que le paludisme. Donc voilà un peu ce que l’Approche Par les Compétences apporte. Ça apporte un plus dans la vie quotidienne des enfants qui sont à notre disposition.

Monsieur le proviseur ; le thème retenu pour l’année scolaire qui vient de prendre son envol est le suivant : « l’école : un milieu idéal pour l’acquisition des compétences nécessaires à la promotion de la paix et au vivre ensemble pour un développement durable »

Par rapport à ce thème ; y a-t-il un enseignant qui se sentirait davantage interpelé qu’un autre ? 

Je pense que je n’ai pas de commentaire à faire. Le thème dit tout. Il dit tout. Et lorsqu’on dit un milieu idéal pour l’acquisition des compétences nécessaires pour le vivre ensemble, promotion de la paix, on comprend que l’école ici est devenu un centre où il faut mouler des citoyens qui sont responsables, qui comprennent ce que c’est que la paix, et qui savent qu’avec la paix on doit vivre ensemble. C’est sans doute pour cela que ce thème a été lancé par Madame le ministre des enseignements secondaires lors de la sectorielle nationale de rentrée de l’année scolaire 2019-2020. Derrière ce thème, nous comprenons que nous allons encadrer les enfants pour leur donner des compétences qui vont leur permettre de promouvoir la paix ; nous allons leur donner des compétences qui vont leur permettre de vivre ensemble ; et nous allons leur donner des compétences qui vont leur permettre également d’avoir le savoir-faire pour un développement durable. Bref, ce thème contient ces trois entités à savoir : le savoir, le savoir être et le savoir-faire. Le savoir c’est un milieu idéal, nous somme à l’école. Le savoir être, nous sommes dans la promotion de la paix ; et le savoir-faire, c’est dans le développement durable. Donc, de mon point de vue, je pense que le thème de l’année scolaire répond à la donne du Cameroun qui se veut être un ilot de paix. C’est en résumé un thème atemporel.

Inévitablement donc, que ce soit en Français, que ce soit en Histoire, que ce soit en Mathématiques, que ce soit en SVT ; que ce soit en géographie ou ECM, que ce soit en Anglais, en Allemand ou en Espagnol, en Education Physique et Sportive, en ESF, en Langues et Cultures Nationales ; ce thème-ci englobe toutes ces disciplines parce qu’on a dit l’école c’est où on apprend tout. Et on a bien dit un milieu idéal pour l’acquisition des compétences. Vous comprenez bien qu’on a des compétences en chacune de ces disciplines soigneusement citées. Et toutes ces compétences que l’enfant acquière dans sa classe lui permettent de promouvoir la paix et lui permettent également de promouvoir le vivre ensemble. Et lorsqu’il est avec une paix et il vit avec autrui ; alors il est capable de faire un développement durable. Donc toutes les disciplines enseignées à l’école entrent dans l’entité de ce thème dûment choisi par la hiérarchie.

Monsieur le proviseur, terminons par quelques conseils à l’endroit de la communauté éducative pour que cette nouvelle donne ainsi que la nouvelle année scolaire soient conduites au succès.

Généralement quand nous tenons les réunions avec les enseignants qui sont les courroies de transmission entre l’administration et les élèves, nous leur demandons d’abord à eux-mêmes d’être ponctuel, assidu. Bien évidemment, la première des choses lorsqu’on entre dans une salle de classe c’est de faire l’appel, pour s’assurer de qui est là et qui ne l’est pas ; de parler haut et fort ; d’intéresser tous les apprenants ; de faire participer tous les apprenants à la leçon pour qu’il y ait une symbiose. Bref que tout se passe pour qu’au niveau du finish il y ait un bon résultat. Aussi, lorsqu’on commence une nouvelle année, on est plein d’énergie. Alors il faut se surpasser, se faire une motivation supplémentaire, il faut avoir l’amour du travail, il faut avoir l’amour des apprenants qu’on a devant soi ; et il faut aimer ce qu’on fait, et bien le faire. Lorsque tout ceci est fait, à la fin le résultat suit. Je sais que les enseignants vont se dire que le gouvernement ne fait pas beaucoup pour eux certes ; mais qu’ils prennent leur mal en patience car le gouvernement de la république sait quel est l’effort que l’enseignant fourni dans la formation de la jeunesse camerounaise. Je crois qu’un jour le gouvernement prendra des dispositions pour améliorer les conditions de vie des enseignants.

Aux apprenants, je dois dire que le premier jour de classes détermine le dernier jour de classe. Lorsqu’on a commencé avec une leçon le premier jour de la rentrée, il faut prendre cette leçon au sérieux parce que cette leçon peut être la clé du succès en fin d’année. Donc les enfants doivent étudier et apprendre leurs leçons le jour le jour. Ils doivent être attentif en classe ; suivre à la lettre ce que disent les enseignants ; et qu’ils prennent des notes dans les cahiers indiqués. En fonction de l’emploi de temps de la classe ; l’enfant doit établir son emploi de temps individuel à la maison. Il faut toujours faire une planification pour pouvoir arriver à l’objectif souhaité.

Quant aux parents nous leur demandons d’accompagner les enfants dans cette dure épreuve qui dure 9 mois. Pour cela il faut que le parent s’assure que l’enfant dispose des manuels scolaires ; qu’il dispose de tout le nécessaire pour pouvoir prendre des enseignements à l’établissement. De bien vêtir leurs enfants ; et de ne pas oublier de leur donner un petit casse-croûte pour qu’il n’attrape pas une hypoglycémie. Mais pas un repas ; parce qu’un repas très lourd le matin fatigue l’enfant en matinée.

Merci monsieur le proviseur.

 C’est moi qui vous remercie ; espérant avoir dit l’essentiel en « français terre à terre ».

Interview réalisé par GT

 

 

 

 

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